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albert lozeau (1878-1924)

2011-06-23T20:07:00+02:00

Albert Lozeau La Passion

Publié par Stéphanie
Albert Lozeau
La Passion

AINSI que l’ivrogne à son verre,
Comme à l’opium le fumeur,
De même que l’aigle à son aire,
Ainsi que l’abeille à la fleur,

Celui qui mit un jour sa lèvre,
Poésie, à ton vase d’or,
Dans la peine, l’amour, la fièvre,
Y reviendra jusqu’à la mort !

Car la sublime maladie
Circule à jamais dans son sang ;
Et son cœur ardent s’incendie
D’un foyer toujours renaissant !

Et sa soif est inextinguible !
Et plus à la coupe du Beau
Il boit, ô délice terrible !
Plus il brûle d’un feu nouveau !

La passion fatale et forte
En fait un esclave éternel
Qui traîne sa volonté morte
Le long des jardins bleus du ciel !

Lucide ivresse de l’idée !
Sa raison voyage là-haut
Comme par une âme guidée,
Qui prononce tout, sans un mot !

Son corps pèse peu sur la terre ;
Il est seul et silencieux,
Mais ne se sent pas solitaire :
Quelqu’un l’accompagne des yeux...

Une voix lui souffle des phrases
Pleines de douceur et d’amour,
Si bien qu’il marche dans l’extase
Comme dans la clarté du jour.

Pour subir la grâce du charme,
Il n’a qu’à se faire humble et doux,
A ne pas rougir de ses larmes,
Parfois, à se mettre a genoux,

A présenter son front docile
A l’appel du rayonnement,
Ainsi qu’une petite fille
Aux caresses de sa maman.

Car la lumière, c’est la joie ;
Quand on est ivre de beauté,
C’est que Dieu lui-même l’envoie
A notre obscure humanité

Muse, à ta coupe je veux boire !
Penche-la tendrement vers moi ;
Ton philtre abolit la mémoire :
Je serais malheureux sans toi…

Ouvrant mes yeux sur l’autre monde,
Sur ma misère tu les clos,
Et mon âme qui vagabonde
N’entend pas ses propres sanglots !

Tu m’éloignes tant de moi-même
Quand tu m’as versé ta liqueur :
Tu ne sais pas comme je t’aime,
Toi qui n’as pas trompé mon cœur !…

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2011-06-23T20:07:00+02:00

Albert Lozeau La Passion

Publié par Stéphanie
Albert Lozeau
La Passion

AINSI que l’ivrogne à son verre,
Comme à l’opium le fumeur,
De même que l’aigle à son aire,
Ainsi que l’abeille à la fleur,

Celui qui mit un jour sa lèvre,
Poésie, à ton vase d’or,
Dans la peine, l’amour, la fièvre,
Y reviendra jusqu’à la mort !

Car la sublime maladie
Circule à jamais dans son sang ;
Et son cœur ardent s’incendie
D’un foyer toujours renaissant !

Et sa soif est inextinguible !
Et plus à la coupe du Beau
Il boit, ô délice terrible !
Plus il brûle d’un feu nouveau !

La passion fatale et forte
En fait un esclave éternel
Qui traîne sa volonté morte
Le long des jardins bleus du ciel !

Lucide ivresse de l’idée !
Sa raison voyage là-haut
Comme par une âme guidée,
Qui prononce tout, sans un mot !

Son corps pèse peu sur la terre ;
Il est seul et silencieux,
Mais ne se sent pas solitaire :
Quelqu’un l’accompagne des yeux...

Une voix lui souffle des phrases
Pleines de douceur et d’amour,
Si bien qu’il marche dans l’extase
Comme dans la clarté du jour.

Pour subir la grâce du charme,
Il n’a qu’à se faire humble et doux,
A ne pas rougir de ses larmes,
Parfois, à se mettre a genoux,

A présenter son front docile
A l’appel du rayonnement,
Ainsi qu’une petite fille
Aux caresses de sa maman.

Car la lumière, c’est la joie ;
Quand on est ivre de beauté,
C’est que Dieu lui-même l’envoie
A notre obscure humanité

Muse, à ta coupe je veux boire !
Penche-la tendrement vers moi ;
Ton philtre abolit la mémoire :
Je serais malheureux sans toi…

Ouvrant mes yeux sur l’autre monde,
Sur ma misère tu les clos,
Et mon âme qui vagabonde
N’entend pas ses propres sanglots !

Tu m’éloignes tant de moi-même
Quand tu m’as versé ta liqueur :
Tu ne sais pas comme je t’aime,
Toi qui n’as pas trompé mon cœur !…

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2011-06-23T20:06:00+02:00

Albert Lozeau Minutes heureuses

Publié par Stéphanie
Albert Lozeau
Minutes heureuses

VOUS qui m’avez donné des yeux pour voir le ciel,
Et des mains pour presser les mains douces que j’aime,
Qui m’avez fait le don ; Seigneur, ô Dieu suprême,
De lèvres pour baiser sa bouche au goût de miel ;

Vous qui dans ma poitrine avez placé la vie
Que rythment les profonds battements de mon cœur,
De mon cœur plein d’ennui, de joie ou de rancœur,
D’espérance, d’amour, de peine, et non d’envie ;

Seigneur, malgré le mai dont souffre l’être humain,
Malgré les trahisons, les mensonges, les haines,
Merci des jours présents et des heures prochaines !
Accordez-moi de vous bénir encor demain.

Car je n’ai pas toujours regretté sur la terre :
Par mes yeux, par mes mains, par ma bouche, souvent,
J’ai goûté la douceur de vivre, ô Dieu vivant,
O Dieu si grand, si bon à l’âme solitaire !

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2011-06-23T20:06:00+02:00

Albert Lozeau Minutes heureuses

Publié par Stéphanie
Albert Lozeau
Minutes heureuses

VOUS qui m’avez donné des yeux pour voir le ciel,
Et des mains pour presser les mains douces que j’aime,
Qui m’avez fait le don ; Seigneur, ô Dieu suprême,
De lèvres pour baiser sa bouche au goût de miel ;

Vous qui dans ma poitrine avez placé la vie
Que rythment les profonds battements de mon cœur,
De mon cœur plein d’ennui, de joie ou de rancœur,
D’espérance, d’amour, de peine, et non d’envie ;

Seigneur, malgré le mai dont souffre l’être humain,
Malgré les trahisons, les mensonges, les haines,
Merci des jours présents et des heures prochaines !
Accordez-moi de vous bénir encor demain.

Car je n’ai pas toujours regretté sur la terre :
Par mes yeux, par mes mains, par ma bouche, souvent,
J’ai goûté la douceur de vivre, ô Dieu vivant,
O Dieu si grand, si bon à l’âme solitaire !

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2011-06-23T20:04:00+02:00

Albert Lozeau Aspiration

Publié par Stéphanie
Albert Lozeau
Aspiration

AH ! ce besoin d’aimer, cette ardeur infinie,
Ce grand rêve fervent de bonheur immortel,
C’est lui qui dans nos cœurs suscite une harmonie
Et nous donne l’espoir consolateur du ciel !

C’est lui qui chante en nous d’une voix souveraine,
Qui soutient notre vie au long des jours mauvais ;
C’est ce mystérieux désir qui nous entraîne
Et répète : Viens-t-en, pauvre âme, où je m’en vais…
Je l’ai trouvé caché tout au fond de moi-même ;
Sans doute, il m’attendait dans mon petit berceau,
Et mon faible soupir fut, après le baptême,
Une aspiration divine vers là-haut.

Dès que notre regard ouvert à la lumière
Reçoit l’impression de la réalité,
Dieu dirige un rayon de la splendeur première
Vers l’homme, qui toujours en demeure hanté.

Son âme vainement agite ses deux ailes ;
Il sent peser sur lui la peine de l’exil,
Et sa soif et sa faim d’amour sont éternelles !
Ce bonheur convoité si fort, l’atteindra-t-il ?

Sa faiblesse l’attriste et son effort le blesse,
Mais vers le but son vol anxieux est constant ;
Il sent que ce qui fait sa sublime noblesse,
C’est de monter, malgré sa misère, en chantant !

Ah ! s’évader enfin des ombres de la terre,
Libre comme un oiseau dans l’azur enchanté !
Pour l’âme, quelle ivresse exquise et salutaire
De sentir le frisson sacré de la Beauté !

Si Dieu n’avait pas mis en nous l’élan suprême,
L’initial essor du cœur tendant au ciel ;
Si nous devions croupir, peuple morne au front blême,
Dans la matière épaisse et le hideux réel,

O désolation de vivre, nuit affreuse !
Fauves rugissements des brutaux appétits !
Et, dans le sang versé dont la mare se creuse,
Râles, sous les talons vainqueurs, des tout petits !…

Précieuse croyance en la bonne justice,
Bel hymne intérieur d’espérance et d’amour,
Relève mon courage au bord du précipice
Et ne me quitte pas jusqu’à mon dernier jour !

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2011-06-23T20:04:00+02:00

Albert Lozeau Aspiration

Publié par Stéphanie
Albert Lozeau
Aspiration

AH ! ce besoin d’aimer, cette ardeur infinie,
Ce grand rêve fervent de bonheur immortel,
C’est lui qui dans nos cœurs suscite une harmonie
Et nous donne l’espoir consolateur du ciel !

C’est lui qui chante en nous d’une voix souveraine,
Qui soutient notre vie au long des jours mauvais ;
C’est ce mystérieux désir qui nous entraîne
Et répète : Viens-t-en, pauvre âme, où je m’en vais…
Je l’ai trouvé caché tout au fond de moi-même ;
Sans doute, il m’attendait dans mon petit berceau,
Et mon faible soupir fut, après le baptême,
Une aspiration divine vers là-haut.

Dès que notre regard ouvert à la lumière
Reçoit l’impression de la réalité,
Dieu dirige un rayon de la splendeur première
Vers l’homme, qui toujours en demeure hanté.

Son âme vainement agite ses deux ailes ;
Il sent peser sur lui la peine de l’exil,
Et sa soif et sa faim d’amour sont éternelles !
Ce bonheur convoité si fort, l’atteindra-t-il ?

Sa faiblesse l’attriste et son effort le blesse,
Mais vers le but son vol anxieux est constant ;
Il sent que ce qui fait sa sublime noblesse,
C’est de monter, malgré sa misère, en chantant !

Ah ! s’évader enfin des ombres de la terre,
Libre comme un oiseau dans l’azur enchanté !
Pour l’âme, quelle ivresse exquise et salutaire
De sentir le frisson sacré de la Beauté !

Si Dieu n’avait pas mis en nous l’élan suprême,
L’initial essor du cœur tendant au ciel ;
Si nous devions croupir, peuple morne au front blême,
Dans la matière épaisse et le hideux réel,

O désolation de vivre, nuit affreuse !
Fauves rugissements des brutaux appétits !
Et, dans le sang versé dont la mare se creuse,
Râles, sous les talons vainqueurs, des tout petits !…

Précieuse croyance en la bonne justice,
Bel hymne intérieur d’espérance et d’amour,
Relève mon courage au bord du précipice
Et ne me quitte pas jusqu’à mon dernier jour !

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2011-06-23T20:03:00+02:00

Albert Lozeau Louanges

Publié par Stéphanie
Albert Lozeau
Louanges

C’EST toujours à vos pieds, Seigneur, que je reviens
Lorsque je souffre trop et que j’ai l’âme triste ;
A votre grâce auguste aucun mal ne résiste :
Vous êtes, ici-bas, le meilleur des soutiens.

Vos deux bras étendus sur la croix disent : Viens !
Oublie, en m’adorant, tout ce monde égoïste
Par qui tant de douleur injustement existe ;
En pleurant sur tes maux, mon enfant, songe aux miens !

Seigneur, votre voix douce inspire confiance.
J’appelle, et vous prenez aussitôt ma défense,
Et je sens une joie infinie en mon cœur !

Car vous êtes le Dieu proclamé qui délivre,
Celui que les élus au ciel chantent en chœur,
Et de qui l’homme obtient le courage de vivre !

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2011-06-23T20:03:00+02:00

Albert Lozeau Louanges

Publié par Stéphanie
Albert Lozeau
Louanges

C’EST toujours à vos pieds, Seigneur, que je reviens
Lorsque je souffre trop et que j’ai l’âme triste ;
A votre grâce auguste aucun mal ne résiste :
Vous êtes, ici-bas, le meilleur des soutiens.

Vos deux bras étendus sur la croix disent : Viens !
Oublie, en m’adorant, tout ce monde égoïste
Par qui tant de douleur injustement existe ;
En pleurant sur tes maux, mon enfant, songe aux miens !

Seigneur, votre voix douce inspire confiance.
J’appelle, et vous prenez aussitôt ma défense,
Et je sens une joie infinie en mon cœur !

Car vous êtes le Dieu proclamé qui délivre,
Celui que les élus au ciel chantent en chœur,
Et de qui l’homme obtient le courage de vivre !

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2011-06-23T20:02:00+02:00

Albert Lozeau Vanité

Publié par Stéphanie
Albert Lozeau
Vanité

AUX feux de mon esprit qui s’allume dans l’ombre,
Je me regarde vivre avec étonnement :
Une fierté triomphe en ma stature sombre,
Et je suis comme un roi promis au firmament !

J’ai des chants de victoire au cœur, je me célèbre !
Comme autrefois David devant l’arche a dansé,
J’élève un hymne d’or à ma propre ténèbre,
Et d’un éclair divin je me sens traversé !

Je suis mon seul amour. Je suis grand. Je suis digne.
S’il est quelqu’un meilleur, c’est qu’il existe un Dieu !
Et mon être est marqué, comme l’élu, d’un signe
Tel qu’on en voit la nuit briller dans le ciel bleu !

Vanité ! vanité ! ― Ta poussière superbe
Qui s’aime et se contemple, un vent l’emportera !
Et, comme après l’été splendide le brin d’herbe,
Ton corps, ton pauvre corps lentement pourrira !

Vanité des beaux yeux et vanité des lèvres,
Et vanité des mains où l’on s’est caressé !
Que restera-t-il donc des frissons et des fièvres
Quand l’agonie horrible et longue aura passé ?

La terre confondra dans une même fange
L’humble et celui qui fut de son âme orgueilleux,
Et rien n’apparaîtra sur leurs tombes d’étrange ;
Ils dormiront égaux et pareils sous les cieux

Vanité ! vanité ! ― Courbe ton front que dresse
Plus haut que ton destin l’ambitieux désir !
La mort, de toutes parts, avidement te presse,
Le néant d’où tu sors cherche à te ressaisir !

Cris de gloire perdus, qu’on peut à peine entendre
Dans la sourde rumeur que fait l’humanité,
Vous montez dune bouche où reste un goût de cendre,
Vous n’êtes qu’un vain bruit par lui-même écouté !

Vanité ! ― Tout s’éteint, tout expire et tout passe,
L’astre dans sa clarté, le monde en son orgueil !
Et l’homme, qui remplit de tumulte l’espace,
Mesure sa grandeur aux planches du cercueil !

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2011-06-23T20:02:00+02:00

Albert Lozeau Vanité

Publié par Stéphanie
Albert Lozeau
Vanité

AUX feux de mon esprit qui s’allume dans l’ombre,
Je me regarde vivre avec étonnement :
Une fierté triomphe en ma stature sombre,
Et je suis comme un roi promis au firmament !

J’ai des chants de victoire au cœur, je me célèbre !
Comme autrefois David devant l’arche a dansé,
J’élève un hymne d’or à ma propre ténèbre,
Et d’un éclair divin je me sens traversé !

Je suis mon seul amour. Je suis grand. Je suis digne.
S’il est quelqu’un meilleur, c’est qu’il existe un Dieu !
Et mon être est marqué, comme l’élu, d’un signe
Tel qu’on en voit la nuit briller dans le ciel bleu !

Vanité ! vanité ! ― Ta poussière superbe
Qui s’aime et se contemple, un vent l’emportera !
Et, comme après l’été splendide le brin d’herbe,
Ton corps, ton pauvre corps lentement pourrira !

Vanité des beaux yeux et vanité des lèvres,
Et vanité des mains où l’on s’est caressé !
Que restera-t-il donc des frissons et des fièvres
Quand l’agonie horrible et longue aura passé ?

La terre confondra dans une même fange
L’humble et celui qui fut de son âme orgueilleux,
Et rien n’apparaîtra sur leurs tombes d’étrange ;
Ils dormiront égaux et pareils sous les cieux

Vanité ! vanité ! ― Courbe ton front que dresse
Plus haut que ton destin l’ambitieux désir !
La mort, de toutes parts, avidement te presse,
Le néant d’où tu sors cherche à te ressaisir !

Cris de gloire perdus, qu’on peut à peine entendre
Dans la sourde rumeur que fait l’humanité,
Vous montez dune bouche où reste un goût de cendre,
Vous n’êtes qu’un vain bruit par lui-même écouté !

Vanité ! ― Tout s’éteint, tout expire et tout passe,
L’astre dans sa clarté, le monde en son orgueil !
Et l’homme, qui remplit de tumulte l’espace,
Mesure sa grandeur aux planches du cercueil !

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