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apollinaire gingras (1847-1935)

2013-02-23T20:43:00+01:00

L'homme positif de Apollinaire Gingras (1847-1935)

Publié par Stéphanie
L'homme positif de Apollinaire Gingras (1847-1935)
 
 
Baptiston, c'est un homme épais mais positif
Fleurs - gais soleils - au bois riantes promenades, -
Baptiston mon ami n'est pas assez naïf
Pour goûter, comme un fou, des fadeurs aussi fades.
Montrez-lui, quelque soir, ce coucher de soleil, -
Ce grand dôme d'azur, cet occident vermeil :
Il s'émeut à peu près comme ma vache brune
Qui regarde en beuglant le lever de la lune.
Ma vache au doux regard, - que j'estime beaucoup, -
La voyez-vous, beuglant au sein du paysage ?
Ce globe d'or qui monte au-dessus du bocage,
Elle s'aperçoit bien que c'est neuf : mais c'est tout.
Au foyer de mon presbytère, Québec, Imprimerie A. Côté et cie, 1881, p.35-36

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2011-06-15T01:06:00+02:00

Apollinaire GINGRAS (1847-1935) La Terrasse Frontenac

Publié par Stéphanie
Apollinaire GINGRAS (1847-1935)


La Terrasse Frontenac

Je n'ai vu ni Venise un soir à sa gondole,
Ni Naples, ni l'Etna : pourtant, je m'en console !
Car j'ai vu, rayonnant au soleil de midi,
Québec, perché là-haut comme un aigle hardi.
Je l'ai vu panaché de verglas et de brume,
Et je l'ai vu l'été sous son plus beau costume.
Mais je l'ai vu, surtout, le soir, quand le soleil
Teint tous ses horizons de pourpre et de vermeil.
Pour chanter à l'envi ses larges paysages,
Montons à la Terrasse, à dix pieds des nuages.
Sous ces kiosques chinois n'allons pas nous asseoir :
Pour mieux jouir encor de la fraîcheur du soir,
Pour n'avoir sur les yeux ni coupoles ni voiles
Qui nous cachent un coin de ce ciel plein d'étoiles,
A la grille de bronze accoudons-nous, rêveur ;
Et là, volent mes vers : ils vont partir du coeur !

Je t'aime, ô ma Terrasse, ô ma Terrasse unique :
Ta rivale n'est pas sur ce sol d'Amérique.
Je t'aime, - et l'étranger toujours t'appellera :
L'étincelant bijou de mon beau Canada !


Je t'aime, ô ma Terrasse aux aspects grandioses :
Il voltige à ton front des souvenirs si roses !
Quel Canadien n'a pas, par un beau soir d'été,
Connu l'enivrement de ton site enchanté ?
Humé, grisé d'espoir, l'arôme de tes grèves,
Aux lèvres le cigare, au coeur les plus doux rêves ?
Et qui ne se rappelle avoir, ô ma Terrasse,
Ivre de bonne humeur, de silence et d'espace,
A la seule clarté de tes nuits d'Orient,
Causé sans gêne ici jusqu'à minuit, souvent ?
Après avoir sous clef, le soir, à son bureau,
Mis ces mille soucis qui brûlent le cerveau,
Quel flâneur, gravissant ta superbe falaise,
N'a senti sa poitrine enfin respirer d'aise
Devant ce paysage où la nature et l'art
Conspirent à l'envi pour charmer le regard :
Ce paysage frais, gracieux et sublime, -
Ces monts d'azur où l'œil vole de cime en cime,
Ces monts lointains sur qui des nuages brillants
Passent à gros flocons comme des aigles blancs ;
Là, la grande cascade au refrain monotone ;
Puis l'Île d'Orléans, dont chaque toit rayonne ;
Ici, Lévis qui prend fièrement son essor
Comme un gai satellite autour d'un soleil d'or ;
Puis là-bas, Charlebourg, sur un terrain qui penche,
Semblant sortir du bois comme une perdrix blanche ;
Puis de riants coteaux couronnés de villas,
Des forêts de sapins, des bosquets de lilas ;
Puis, pour miroir à tout, cette rade profonde
Où les vaisseaux, venus des quatre coins du monde,
Perdant souvent leur ancre en nous disant bonsoir,
Semblent laisser leur coeur et nous dire : au revoir !
C'est un enchantement : plus de mélancolie !
L'espoir vous monte à l'âme, et vous aimez la vie !
Dans cette rade en feu, sous ce ciel de saphir,
Votre oeil ému croit voir un reflet d'avenir !


Terrasse ! s'il voltige à tes murs poétiques
Un essaim parfumé de souvenirs magiques,
Il plane autour de toi des souvenirs si grands !
Les zéphirs n'ont-il pas, sur tes sommets géants,
Caressé les drapeaux les plus beaux de la terre -
Le blanc drapeau de France, et celui d'Angleterre ?
De ce cap Diamant qui vit Montcalm mourir
A qui Dieu dit un jour : Cède, mais sans rougir !
De ce vieux boulevard teint de sang et de gloire,
Terrasse ! n'es-tu pas le témoin qu'il faut croire ?
Ces nuages dorés, qui flottent dans ton ciel,
Ne sont-ils pas pour toi comme un nimbe immortel ?
Je t'aime, ô ma Terrasse, et je veux qu'on t'admire :
Car vois-tu, - laisse-moi le dire et le redire, -
Vois-tu, le Créateur, l'artiste magistral,
Creusa sous tes regards un fleuve si royal !
Pour se mirer au sein de ces ondes verdâtres,
Il inclina si bien les bleus amphithéâtres !
Ce peintre de l'Eden de son brillant pinceau
Sut si bien nuancer tout ce divin tableau,
Ce tableau fait exprès, ô ma belle Terrasse,
Pour mieux mettre en relief ton orgueil et ta grâce !
Vraiment, Dieu, prodiguant les îles et les monts.
Pour cadre t'a donné ses plus beaux horizons !
Mais quand il eut vidé sa corne d'abondance
Dans les plis verdoyants de ton pastel immense,
Il t'empourpra surtout d'un si divin reflet
En y faisant jouer les drames que l'on sait !

Je t'aime ! et pour te peindre, oh ! ma strophe est bien pâle
Car sut le globe entier tu n'as pas de rivale !
Laisse-moi t'appeler dans mon coeur, dans mes vers :
Le bijou préféré de ce bel univers !
Mais ton panorama - cette crainte me navre -
Deviendrait à mes yeux morne comme un cadavre
Si jamais, du sommet de ton site adoré,
L'oeil devait contempler un pays égaré !
Tu sembles ceindre au coeur la vieille citadelle :
D'un passé plein de foi sois le blason fidèle !
Que la foule peuplant ton balcon souverain
Ne rougisse jamais du credo de Champlain !
Ce qui charme, vois-tu, sur ces monts, dans ces plaines,
Ce sont ces blancs clochers qui brillent par centaines,
Et qui lancent, joyeux, vers le gai ciel natal,
Leur concert d'angelus si grand, si musical.
Terrasse ! oh ! puisses-tu, pour l'âme et les oreilles,
Garder autour de toi ces vibrantes merveilles !
Ô pays que j'adore, ô mon pays si beau :
Avant d'être apostat, descends dans le tombeau !

Ma terrasse, je t'aime ! - et si l'on veut sourire,
Voici tout le secret qui fait chanter ma lyre :
Mon pays, dont ici je sens battre le coeur,
Rayonne, palpitant, dans ta riche splendeur !

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2011-06-15T01:06:00+02:00

Apollinaire GINGRAS (1847-1935) La Terrasse Frontenac

Publié par Stéphanie
Apollinaire GINGRAS (1847-1935)


La Terrasse Frontenac

Je n'ai vu ni Venise un soir à sa gondole,
Ni Naples, ni l'Etna : pourtant, je m'en console !
Car j'ai vu, rayonnant au soleil de midi,
Québec, perché là-haut comme un aigle hardi.
Je l'ai vu panaché de verglas et de brume,
Et je l'ai vu l'été sous son plus beau costume.
Mais je l'ai vu, surtout, le soir, quand le soleil
Teint tous ses horizons de pourpre et de vermeil.
Pour chanter à l'envi ses larges paysages,
Montons à la Terrasse, à dix pieds des nuages.
Sous ces kiosques chinois n'allons pas nous asseoir :
Pour mieux jouir encor de la fraîcheur du soir,
Pour n'avoir sur les yeux ni coupoles ni voiles
Qui nous cachent un coin de ce ciel plein d'étoiles,
A la grille de bronze accoudons-nous, rêveur ;
Et là, volent mes vers : ils vont partir du coeur !

Je t'aime, ô ma Terrasse, ô ma Terrasse unique :
Ta rivale n'est pas sur ce sol d'Amérique.
Je t'aime, - et l'étranger toujours t'appellera :
L'étincelant bijou de mon beau Canada !


Je t'aime, ô ma Terrasse aux aspects grandioses :
Il voltige à ton front des souvenirs si roses !
Quel Canadien n'a pas, par un beau soir d'été,
Connu l'enivrement de ton site enchanté ?
Humé, grisé d'espoir, l'arôme de tes grèves,
Aux lèvres le cigare, au coeur les plus doux rêves ?
Et qui ne se rappelle avoir, ô ma Terrasse,
Ivre de bonne humeur, de silence et d'espace,
A la seule clarté de tes nuits d'Orient,
Causé sans gêne ici jusqu'à minuit, souvent ?
Après avoir sous clef, le soir, à son bureau,
Mis ces mille soucis qui brûlent le cerveau,
Quel flâneur, gravissant ta superbe falaise,
N'a senti sa poitrine enfin respirer d'aise
Devant ce paysage où la nature et l'art
Conspirent à l'envi pour charmer le regard :
Ce paysage frais, gracieux et sublime, -
Ces monts d'azur où l'œil vole de cime en cime,
Ces monts lointains sur qui des nuages brillants
Passent à gros flocons comme des aigles blancs ;
Là, la grande cascade au refrain monotone ;
Puis l'Île d'Orléans, dont chaque toit rayonne ;
Ici, Lévis qui prend fièrement son essor
Comme un gai satellite autour d'un soleil d'or ;
Puis là-bas, Charlebourg, sur un terrain qui penche,
Semblant sortir du bois comme une perdrix blanche ;
Puis de riants coteaux couronnés de villas,
Des forêts de sapins, des bosquets de lilas ;
Puis, pour miroir à tout, cette rade profonde
Où les vaisseaux, venus des quatre coins du monde,
Perdant souvent leur ancre en nous disant bonsoir,
Semblent laisser leur coeur et nous dire : au revoir !
C'est un enchantement : plus de mélancolie !
L'espoir vous monte à l'âme, et vous aimez la vie !
Dans cette rade en feu, sous ce ciel de saphir,
Votre oeil ému croit voir un reflet d'avenir !


Terrasse ! s'il voltige à tes murs poétiques
Un essaim parfumé de souvenirs magiques,
Il plane autour de toi des souvenirs si grands !
Les zéphirs n'ont-il pas, sur tes sommets géants,
Caressé les drapeaux les plus beaux de la terre -
Le blanc drapeau de France, et celui d'Angleterre ?
De ce cap Diamant qui vit Montcalm mourir
A qui Dieu dit un jour : Cède, mais sans rougir !
De ce vieux boulevard teint de sang et de gloire,
Terrasse ! n'es-tu pas le témoin qu'il faut croire ?
Ces nuages dorés, qui flottent dans ton ciel,
Ne sont-ils pas pour toi comme un nimbe immortel ?
Je t'aime, ô ma Terrasse, et je veux qu'on t'admire :
Car vois-tu, - laisse-moi le dire et le redire, -
Vois-tu, le Créateur, l'artiste magistral,
Creusa sous tes regards un fleuve si royal !
Pour se mirer au sein de ces ondes verdâtres,
Il inclina si bien les bleus amphithéâtres !
Ce peintre de l'Eden de son brillant pinceau
Sut si bien nuancer tout ce divin tableau,
Ce tableau fait exprès, ô ma belle Terrasse,
Pour mieux mettre en relief ton orgueil et ta grâce !
Vraiment, Dieu, prodiguant les îles et les monts.
Pour cadre t'a donné ses plus beaux horizons !
Mais quand il eut vidé sa corne d'abondance
Dans les plis verdoyants de ton pastel immense,
Il t'empourpra surtout d'un si divin reflet
En y faisant jouer les drames que l'on sait !

Je t'aime ! et pour te peindre, oh ! ma strophe est bien pâle
Car sut le globe entier tu n'as pas de rivale !
Laisse-moi t'appeler dans mon coeur, dans mes vers :
Le bijou préféré de ce bel univers !
Mais ton panorama - cette crainte me navre -
Deviendrait à mes yeux morne comme un cadavre
Si jamais, du sommet de ton site adoré,
L'oeil devait contempler un pays égaré !
Tu sembles ceindre au coeur la vieille citadelle :
D'un passé plein de foi sois le blason fidèle !
Que la foule peuplant ton balcon souverain
Ne rougisse jamais du credo de Champlain !
Ce qui charme, vois-tu, sur ces monts, dans ces plaines,
Ce sont ces blancs clochers qui brillent par centaines,
Et qui lancent, joyeux, vers le gai ciel natal,
Leur concert d'angelus si grand, si musical.
Terrasse ! oh ! puisses-tu, pour l'âme et les oreilles,
Garder autour de toi ces vibrantes merveilles !
Ô pays que j'adore, ô mon pays si beau :
Avant d'être apostat, descends dans le tombeau !

Ma terrasse, je t'aime ! - et si l'on veut sourire,
Voici tout le secret qui fait chanter ma lyre :
Mon pays, dont ici je sens battre le coeur,
Rayonne, palpitant, dans ta riche splendeur !

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2011-06-15T01:05:00+02:00

Apollinaire GINGRAS (1847-1935) La patrie

Publié par Stéphanie
Apollinaire GINGRAS (1847-1935)


La patrie

Enfants, le ciel, le ciel sur nos campagnes
A déployé de bien vives couleurs.
Sur nos lacs bleus, sur nos vertes montagnes,
Le ciel répand ses plus riches splendeurs.
Soit que la neige à nos bois étincelle,
Soit que l'été rayonne sur nos bords, -
Oh ! la patrie, oh ! la patrie est belle :
Ô Canada, je t'aime avec transports !

Un sang choisi, le plus pur sang de France,
Nourrit jadis mon pays bien-aimé.
Sous d'autres cieux la Foi pleure en silence :
Au Canada le Christ est acclamé.
Jogues, Bréboeuf et cent martyrs encore,
Dans le supplice ont rougi nos bosquets : -
Ô ma patrie ! oh ! je t'aime et t'honore :
Ô Canada, pour toi tous mes respects !

Sur son berceau rugissait le tonnerre,
Et l'avenir, oh ! n'était pas vermeil.
Mais en luttant le Canada sut faire
Son nid d'aiglon et sa place au soleil.
L'Anglais le sait si nous fûmes esclaves,
Et si ce Peuple aima sa liberté : -
Ô ma patrie, ô le pays des braves :
Ô Canada, je t'aime avec fierté !

A la Patrie oh ! ne soyons pas traîtres :
N'allons jamais déserter ses hameaux.
Quoi ! des Yankees seraient vos rois, vos maîtres,
Vous, les enfants de superbes héros ?
Dans nos forêts taillons-nous un domaine ;
Autour de nous plantons de beaux vergers : -
J'entends chanter le clocher dans la plaine :
Il est amer, le pain des étrangers !

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2011-06-15T01:05:00+02:00

Apollinaire GINGRAS (1847-1935) La patrie

Publié par Stéphanie
Apollinaire GINGRAS (1847-1935)


La patrie

Enfants, le ciel, le ciel sur nos campagnes
A déployé de bien vives couleurs.
Sur nos lacs bleus, sur nos vertes montagnes,
Le ciel répand ses plus riches splendeurs.
Soit que la neige à nos bois étincelle,
Soit que l'été rayonne sur nos bords, -
Oh ! la patrie, oh ! la patrie est belle :
Ô Canada, je t'aime avec transports !

Un sang choisi, le plus pur sang de France,
Nourrit jadis mon pays bien-aimé.
Sous d'autres cieux la Foi pleure en silence :
Au Canada le Christ est acclamé.
Jogues, Bréboeuf et cent martyrs encore,
Dans le supplice ont rougi nos bosquets : -
Ô ma patrie ! oh ! je t'aime et t'honore :
Ô Canada, pour toi tous mes respects !

Sur son berceau rugissait le tonnerre,
Et l'avenir, oh ! n'était pas vermeil.
Mais en luttant le Canada sut faire
Son nid d'aiglon et sa place au soleil.
L'Anglais le sait si nous fûmes esclaves,
Et si ce Peuple aima sa liberté : -
Ô ma patrie, ô le pays des braves :
Ô Canada, je t'aime avec fierté !

A la Patrie oh ! ne soyons pas traîtres :
N'allons jamais déserter ses hameaux.
Quoi ! des Yankees seraient vos rois, vos maîtres,
Vous, les enfants de superbes héros ?
Dans nos forêts taillons-nous un domaine ;
Autour de nous plantons de beaux vergers : -
J'entends chanter le clocher dans la plaine :
Il est amer, le pain des étrangers !

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2011-06-15T01:04:00+02:00

Apollinaire GINGRAS (1847-1935) L'éternel fardeau

Publié par Stéphanie
Apollinaire GINGRAS (1847-1935)


L'éternel fardeau

L'ETERNEL FARDEAU"

Il est, mon frère, un meuble sombre
Qu'en t'éveillant tu vois d'abord :
La nuit dans ta chambre est encor, -
Tu vois au mur la croix dans l'ombre !

Il faut la porter tout le jour.
Mais elle est douce, elle rayonne,
Mais de fleurs la croix se couronne
Pour qui la porte avec amour !

Le Bon Dieu, de ses mains divines,
Pour notre épaule a fait ce poids :
Quand on veut secouer la croix, -
La croix se hérisse d'épines !

Elle est d'un bois très différent ;
Divers est le mal qu'elle cause.
El1e est parfois en bois de rose :
Elle est d'un bois toujours pesant !

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2011-06-15T01:04:00+02:00

Apollinaire GINGRAS (1847-1935) L'éternel fardeau

Publié par Stéphanie
Apollinaire GINGRAS (1847-1935)


L'éternel fardeau

L'ETERNEL FARDEAU"

Il est, mon frère, un meuble sombre
Qu'en t'éveillant tu vois d'abord :
La nuit dans ta chambre est encor, -
Tu vois au mur la croix dans l'ombre !

Il faut la porter tout le jour.
Mais elle est douce, elle rayonne,
Mais de fleurs la croix se couronne
Pour qui la porte avec amour !

Le Bon Dieu, de ses mains divines,
Pour notre épaule a fait ce poids :
Quand on veut secouer la croix, -
La croix se hérisse d'épines !

Elle est d'un bois très différent ;
Divers est le mal qu'elle cause.
El1e est parfois en bois de rose :
Elle est d'un bois toujours pesant !

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2011-06-15T01:03:00+02:00

Apollinaire GINGRAS (1847-1935) Feuille d'automne et jeune artiste

Publié par Stéphanie
Apollinaire GINGRAS (1847-1935)


Feuille d'automne et jeune artiste

Par la brise d'automne à la forêt volée,
Une feuille d'érable erre dans la vallée :
Papillon fantastique aux ailes de carmin !
Un enfant, qui folâtre au pied de la colline,
S'élance pour saisir cette feuille divine :
Enfin, la feuille est dans sa main.

Ne méprisez pas, je vous prie,
Cette feuille rouge et flétrie,
Léger débris de la forêt :
Dieu la chérit, puisqu'il l'a faite !
Pour cet enfant déjà poète,
Cette feuille - pour nous muette -
Porte du beau quelque reflet.

Et l'enfant tient sa feuille, et son grand oeil rayonne.
Il contemple longtemps cette feuille d'automne :
Elle a des couleurs d'or, et des lignes de feu.
Le froid l'a fait mourir, et le vent dans la plaine
Depuis le point du jour sans pitié la promène :
Mais c'est encor l'oeuvre de Dieu !

Ne méprisez pas, je vous prie,
Cette feuille rouge et flétrie,
Léger debris de la forêt :
Dieu vainement ne l'a pas faite !
Pour cet enfant déjà poète,
Cette feuille - pour nous muette -
Porte du beau quelque reflet.

De ses légers ciseaux, la nature avec grâce
A découpé la feuille, et, d'espace en espace,
L'oiseau l'a, dans les bois, sculptée à sa façon.
Dans sa feuille, l'enfant voit des fleurs, voit des anges, -
Comme il verra, ce soir, des fantômes étranges
Dans le nuage à l'horizon !

Bonheur à toi, feuille flétrie,
Qui ce matin dans la prairie
Au gré du vent errais encor :
Car, grâce à toi, feuille éclatante,
D'un enfant que ta vue enchante
L'imagination riante
Vient d'entrouvrir ses ailes d'or !

Un doux bruissement de la feuille froissée
Fait monter à son front une amère pensée :
L'enfant devient rêveur.- Dans un petit cercueil,
Un jour - ainsi craquaient les feuilles dans la plaine -
Il vit porter sa soeur là-bas, près d'un grand chêne...
Et quelques pleurs voilent son oeil.

Bonheur à toi, feuille bénie,
Qui ce matin rouge et flétrie,
Prenais ton vol dans la forêt :
Pauvre feuille sèche et sonore,
Chez un enfant tu fais éclore
Deux plaisirs que le coeur adore :
Le souvenir, et le regret !

Laissez croître l'enfant, et ce sera peut-être,
Peintre ou musicien, dans l'art quelque grand maître -
A l'orage trouvant de sublimes accords,
Donnant une âme à tout, au soleil, à la brise, -
Aux voix du soir, au bruit du torrent qui se brise, -
Prêtant l'oreille avec transports !

Et maintenant, feuille flétrie,
Dans la forêt, dans la prairie
L'aile du vent peut t'emporter :
Dieu vainement ne t'a pas faite !
Car, grâce à toi, feuille muette,
Chez un enfant déjà poète
Le feu divin vient d'éclater !

C'est un artiste en fleur que cet enfant étrange :
Peut-être sera-t-il Van Dick, ou Michel-Ange -
Faisant fleurir l'ivoire ou sourire l'airain.
Un jour peut-être, au front de quelque basilique,
Le marbre imitera, sous son ciseau magique,
La feuille qu'il tient dans sa main !

Et maintenant, feuille bénie,
Dans la forêt, dans la prairie,
L'aile du vent peut t'emporter !
Envole-toi joyeuse et fière :
Car, grâce à toi, feuille légère,
L'amour du beau, tendre mystère,
Chez un enfant vient d'éclater !

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2011-06-15T01:03:00+02:00

Apollinaire GINGRAS (1847-1935) Feuille d'automne et jeune artiste

Publié par Stéphanie
Apollinaire GINGRAS (1847-1935)


Feuille d'automne et jeune artiste

Par la brise d'automne à la forêt volée,
Une feuille d'érable erre dans la vallée :
Papillon fantastique aux ailes de carmin !
Un enfant, qui folâtre au pied de la colline,
S'élance pour saisir cette feuille divine :
Enfin, la feuille est dans sa main.

Ne méprisez pas, je vous prie,
Cette feuille rouge et flétrie,
Léger débris de la forêt :
Dieu la chérit, puisqu'il l'a faite !
Pour cet enfant déjà poète,
Cette feuille - pour nous muette -
Porte du beau quelque reflet.

Et l'enfant tient sa feuille, et son grand oeil rayonne.
Il contemple longtemps cette feuille d'automne :
Elle a des couleurs d'or, et des lignes de feu.
Le froid l'a fait mourir, et le vent dans la plaine
Depuis le point du jour sans pitié la promène :
Mais c'est encor l'oeuvre de Dieu !

Ne méprisez pas, je vous prie,
Cette feuille rouge et flétrie,
Léger debris de la forêt :
Dieu vainement ne l'a pas faite !
Pour cet enfant déjà poète,
Cette feuille - pour nous muette -
Porte du beau quelque reflet.

De ses légers ciseaux, la nature avec grâce
A découpé la feuille, et, d'espace en espace,
L'oiseau l'a, dans les bois, sculptée à sa façon.
Dans sa feuille, l'enfant voit des fleurs, voit des anges, -
Comme il verra, ce soir, des fantômes étranges
Dans le nuage à l'horizon !

Bonheur à toi, feuille flétrie,
Qui ce matin dans la prairie
Au gré du vent errais encor :
Car, grâce à toi, feuille éclatante,
D'un enfant que ta vue enchante
L'imagination riante
Vient d'entrouvrir ses ailes d'or !

Un doux bruissement de la feuille froissée
Fait monter à son front une amère pensée :
L'enfant devient rêveur.- Dans un petit cercueil,
Un jour - ainsi craquaient les feuilles dans la plaine -
Il vit porter sa soeur là-bas, près d'un grand chêne...
Et quelques pleurs voilent son oeil.

Bonheur à toi, feuille bénie,
Qui ce matin rouge et flétrie,
Prenais ton vol dans la forêt :
Pauvre feuille sèche et sonore,
Chez un enfant tu fais éclore
Deux plaisirs que le coeur adore :
Le souvenir, et le regret !

Laissez croître l'enfant, et ce sera peut-être,
Peintre ou musicien, dans l'art quelque grand maître -
A l'orage trouvant de sublimes accords,
Donnant une âme à tout, au soleil, à la brise, -
Aux voix du soir, au bruit du torrent qui se brise, -
Prêtant l'oreille avec transports !

Et maintenant, feuille flétrie,
Dans la forêt, dans la prairie
L'aile du vent peut t'emporter :
Dieu vainement ne t'a pas faite !
Car, grâce à toi, feuille muette,
Chez un enfant déjà poète
Le feu divin vient d'éclater !

C'est un artiste en fleur que cet enfant étrange :
Peut-être sera-t-il Van Dick, ou Michel-Ange -
Faisant fleurir l'ivoire ou sourire l'airain.
Un jour peut-être, au front de quelque basilique,
Le marbre imitera, sous son ciseau magique,
La feuille qu'il tient dans sa main !

Et maintenant, feuille bénie,
Dans la forêt, dans la prairie,
L'aile du vent peut t'emporter !
Envole-toi joyeuse et fière :
Car, grâce à toi, feuille légère,
L'amour du beau, tendre mystère,
Chez un enfant vient d'éclater !

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