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emile nelligan

2011-06-07T20:28:00+02:00

Les chats Émile Nelligan

Publié par Stéphanie
Les chats
Émile Nelligan

Aux becs de gaz éteints, la nuit, en la maison,
Ils prolongent souvent des plaintes éternelles ;
Et sans que nous puissions dans leurs glauques prunelles
En sonder la sinistre et mystique raison.

Parfois, leur dos aussi secoue un long frisson ;
Leur poil vif se hérisse à des jets d’étincelles
Vers les minuits affreux d’horloges solennelles
Qu’ils écoutent sonner de bizarre façon.

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2011-06-07T20:27:00+02:00

La Sorella dell’ Amore Émile Nelligan

Publié par Stéphanie
La Sorella dell’ Amore
Émile Nelligan

Mort, que fais-tu, dis-nous, de tous ces beaux trophées
De vierges que nos feux brûlent sur tes autels ?
Réponds, quand serons-nous pour jamais immortels
Aux lumineux séjours des célestes Riphées ?

J’eus vécu l’Idéal. Au paradis des Fées
Elle était !... Je ne sais, mais elle avait de tels
Yeux que j’y voyais poindre, aux soirs, de grands castels
Massifs d’orgueil parmi des parcs et des nymphées...

Ma chère, il est vesprée, allons par bois, viens-t’en
Nous suivrons tous les deux le chemin brut et rude
Que tu sais adjoignant la chapelle d’Antan.

Ma voix t’appelle, ô sœur ! mais ta voix d’or m’élude.
Gertrude est morte hier et je sanglote étant
Comme une cloche vaine en une solitude.

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2011-06-07T20:26:00+02:00

Je veux m’éluder Émile Nelligan

Publié par Stéphanie
Je veux m’éluder
Émile Nelligan

Je veux m’éluder dans les rires
Dans les tourbes de gaîté brusque
Oui, je voudrais me tromper jusque
En des ouragans de délires.

Pitié ! quels monstrueux vampires
Vous suçant mon cœur qui s’offusque !
Ô je veux être fou ne fût-ce que
Pour narguer mes Détresses pires !

Lent comme un monstre cadavre
Mon cœur vaisseau s’amarre au havre
De toute hétéromorphe engeance.

Que je bénis ces gueux de rosses
Dont les hilarités féroces
Raillent la vierge Intelligence !

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2011-06-07T20:26:00+02:00

Prélude triste Émile Nelligan

Publié par Stéphanie
Prélude triste
Émile Nelligan

Je vous ouvrais mon cœur comme une basilique ;
Vos mains y balançaient jadis leurs encensoirs
Aux jours où je vêtais des chasubles d’espoirs
Jouant près de ma mère en ma chambre angélique.

Maintenant oh ! combien je suis mélancolique
Et comme les ennuis m’ont fait des joujoux noirs !
Je m’en vais sans personne et j’erre dans les soirs
Et les jours, on m’a dit : Va. Je vais sans réplique.

J’ai la douceur, j’ai la tristesse et je suis seul
Et le monde est pour moi comme quelque linceul
Immense d’où soudain par des causes étranges

J’aurai surgi mal mort dans un vertige fou
Pour murmurer tout bas des musiques aux Anges
Pour après m’en aller puis mourir dans mon trou.

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2011-06-07T20:24:00+02:00

Petit hameau Émile Nelligan

Publié par Stéphanie
Petit hameau
Émile Nelligan

Or voici que verdoie un hameau sur les côtes
Plein de houx, orgueilleux de ses misères hautes.

Des bergers s’étonnant contemplent dans la plaine
Et mon cheval qui sue à la hauteur se traîne.

Pour y suivre l’Octobre et ses paix pastorales
Je vous apporte, ô Pan, mes lyres vespérales.

Les bœufs sont vite entrés. Ils meuglent dans l’étable,
Et la soupe qui fume a réjoui ma table.

Que vous êtes heureux, hommes bons des campagnes,
Loin du faubourg qui pue et des clameurs de bagnes.

Je vous bénis. Que la joie habite à vos portes,
En campagne, ô ces soirs de primes feuilles mortes !

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2011-06-07T20:23:00+02:00

Salons allemands Émile Nelligan

Publié par Stéphanie
Salons allemands
Émile Nelligan

Je me figure encor ces grands salons muets
Pleins de velours usés et d’aïeules pensives,
De lustres vacillants éblouis des convives
Qui tournaient dans la valse et les vieux menuets.

Je repense aux portraits d’autrefois suspendus
Sur le haut des foyers et qui semblaient nous dire
Dans leur langue de mort : Vivants, pourquoi tant rire ?
Et les beaux vers de Gœthe aux soirs d’or entendus.

J’évoque les tableaux flamands, et les artistes
Qui songeaient en fumant dans leurs chaises tout tristes
Et dont l’œil se portait vers l’âtre hospitalier.

Mais surtout et je pleure et ne sais que résoudre.
Car voici que j’entends chanter sur l’escalier
Le vieux ténor hongrois aux longs cheveux en poudre.

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2011-06-07T20:23:00+02:00

Le tombeau de Charles Baudelaire Émile Nelligan

Publié par Stéphanie
Le tombeau de Charles Baudelaire
Émile Nelligan

Je rêve un tombeau épouvantable et lunaire
Situé par les cieux, sans âme et mouvement
Où le monde prierait et longtemps luminaire
Glorifierait mythe et gnôme sublimement.

Se trouve-t-il bâti colloquialement
Quelque part dans Illion ou par le planistère
Le guenillou dirait un elfe au firmament
Farfadet assurant le reste, planétaire !

Ô chantre inespéré des pays du soleil,
Le tombeau glorieux de son vers sans pareil
Sois un excerpt tombal au Charles Baudelaire.

Je m’incline en passant devant lui pieusement
Rêvant pour l’adorer un violon polaire
Qui musicât ces vers et perpétuellement.

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2011-06-07T20:22:00+02:00

Un poète Émile Nelligan

Publié par Stéphanie
Un poète
Émile Nelligan

Laissez-le vivre ainsi sans lui faire de mal !
Laissez-le s’en aller ; c’est un rêveur qui passe ;
C’est une âme angélique ouverte sur l’espace,
Qui porte en elle un ciel de printemps auroral.

C’est une poésie aussi triste que pure
Qui s’élève de lui dans un tourbillon d’or.
L’étoile la comprend, l’étoile qui s’endort
Dans sa blancheur céleste aux frissons de guipure.

Il ne veut rien savoir ; il aime sans amour.
Ne le regardez pas ! que nul ne s’en occupe !
Dites même qu’il est de son propre sort dupe !
Riez de lui !... Qu’importe ! il faut mourir un jour...

Alors, dans le pays où le bon Dieu demeure,
On vous fera connaître, avec reproche amer,
Ce qu’il fut de candeur sous ce front simple et fier
Et de tristesse dans ce grand œil gris qui pleure !

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2011-06-07T20:22:00+02:00

Le tombeau de Chopin Émile Nelligan

Publié par Stéphanie
Le tombeau de Chopin
Émile Nelligan

Dors loin des faux baisers de la Floriani,
Ô pâle consomptif, dans les lauriers de France !
Un peu de sol natal partage ta souffrance,
Le sol des palatins, dont tu t’étais muni.

Quand tu nous vins, Chopin, plein de rêve infini,
Sur ton maigre profil fleurissait l’espérance
De faire pour ton art ce que fit à Florence
Maint peintre italien pour l’âge rajeuni.

Comme un lys funéraire, au vase de la gloire
Tu te penches, jeune homme, et ne sachant plus boire...
Le clavecin sonna ta marche du tombeau !

Dors Chopin ! Que la verte inflexion du saule
Ombrage ton sommeil mélancolique et beau,
Enfant de la Polo au bras d’or de la Gaule !

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2011-06-07T20:21:00+02:00

À Georges Rodenbach Émile Nelligan

Publié par Stéphanie
 À Georges Rodenbach
Émile Nelligan

Blanc, blanc, tout blanc, ô Cygne ouvrant tes ailes pâles,
Tu prends l’essor devers l’Éden te réclamant,
Du sein des brouillards gris de ton pays flamand
Et des mortes cités, dont tu pleuras les râles.

Bruges, où vont là-bas ces veuves aux noirs châles ?
Par tes cloches soit dit ton deuil au firmament !
Le long de tes canaux mélancoliquement
Les glas volent, corbeaux d’airain dans l’air sans hâles.

Et cependant l’Azur rayonne vers le Nord
Et c’est comme on dirait une lumière d’or
Ô Flandre, éblouissant tes funèbres prunelles.

Béguines qui priez aux offices du soir,
Contemplez par les yeux levés de l’Ostensoir
Le Mystique, l’Élu des aubes éternelles !

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