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2011-05-29T17:48:00+02:00

La Vierge noire d'Émile Nelligan

Publié par Stéphanie
 La Vierge noire 

Elle a les yeux pareils à d’étranges flambeaux 
Et ses cheveux d’or faux sur ses maigres épaules, 
Dans des subtils frissons de feuillages de saules, 
L’habillent comme font les cyprès des tombeaux. 

Elle porte toujours ses robes par lambeaux, 
Elle est noire et méchante ; or qu’on la mette aux geôles, 
Qu’on la batte à jamais à grands fouets de tôles. 
Gare d’elle, mortels, c’est la chair des corbeaux ! 

Elle m’avait souri d’une bonté profonde, 
Je l’aurais crue aimable et sans souci du monde 
Nous nous serions tenus, Elle et moi par les mains. 

Mais, quand je lui parlai, le regard noir d’envie, 
Elle me dit : tes pas ont souillé mes chemins. 
Certes tu la connais, on l’appelle la Vie ! 


Émile Nelligan

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2011-05-29T17:47:00+02:00

Soirs hypocondriaques d'Émile Nelligan

Publié par Stéphanie
 Soirs hypocondriaques 

Parfois je prends mon front blêmi 
Sous des impulsions tragiques 
Quand le clavecin a frémi, 

Et que les lustres léthargiques 
Plaquent leurs rayons sur mon deuil 
Avec les sons noirs des musiques. 

Et les pleurs mal cachés dans l’œil 
Je cours affolé par les chambres 
Trouvant partout que triste accueil ; 

Et de grands froids glacent mes membres : 
Je cherche à me suicider 
Par vos soirs affreux, ô Décembres ! 

Anges maudits, veuillez m’aider ! 


Émile Nelligan

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2011-05-29T17:44:00+02:00

Caprice blanc... Émile Nelligan

Publié par Stéphanie


 Caprice blanc 

L’hiver, de son pinceau givré, barbouille aux vitres 
Des pastels de jardins de roses en glaçons. 
Le froid pique de vif et relègue aux maisons 
Milady, canaris et les jokos bélîtres. 

Mais la petite Miss en berline s’en va, 
Dans son vitchoura blanc, une ombre de fourrures, 
Bravant l’intempérie et les âcres froidures, 
Et plus d’un, à la voir cheminer, la rêva. 

Ses deux chevaux sont blancs et sa voiture aussi, 
Menés de front par un cockney, flegme sur siège. 
Leurs sabots font des trous ronds et creux dans la neige ; 
Tout le ciel s’enfarine en un soir obscurci. 

Elle a passé, tournant sa prunelle câline 
Vers moi. Pour compléter alors l’immaculé 
De ce décor en blanc, bouquet dissimulé, 
Je lui jetai mon cœur au fond de sa berline. 


Émile Nelligan

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2011-05-29T17:43:00+02:00

Rêve d'artiste... Émile Nelligan

Publié par Stéphanie


 Rêve d’artiste 

Parfois j’ai le désir d’une sœur bonne et tendre, 
D’une sœur angélique au sourire discret : 
Sœur qui m’enseignera doucement le secret 
De prier comme il faut, d’espérer et d’attendre. 

J’ai ce désir très pur d’une sœur éternelle, 
D’une sœur d’amitié dans le règne de l’Art, 
Qui me saura veillant à ma lampe très tard 
Et qui me couvrira des cieux de sa prunelle ; 

Qui me prendra les mains quelquefois dans les siennes 
Et me chuchotera d’immaculés conseils, 
Avec le charme ailé des voix musiciennes ; 

Et pour qui je ferai, si j’aborde à la gloire, 
Fleurir tout un jardin de lys et de soleils 
Dans l’azur d’un poème offert à sa mémoire. 

Émile Nelligan

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2011-05-29T17:41:00+02:00

Dans l'allée... Émile Nelligan

Publié par Stéphanie
 Dans l’allée 

Toi-même, éblouissant comme un soleil ancien 
Les Regrets des solitudes roses, 
Contemple le dégât du Parc magicien 
Où s’effeuillent, au pas du Soir musicien, 
Des morts de camélias, de roses. 

Revisitons le Faune à la flûte fragile 
Près des bassins au vaste soupir, 
Et le banc où, le soir, comme un jeune Virgile, 
Je venais célébrant sur mon théorbe agile 
Ta prunelle au reflet de saphir. 

La Nuit embrasse en paix morte les boulingrins, 
Tissant nos douleurs aux ombres brunes, 
Tissant tous nos ennuis, tissant tous nos chagrins, 
Mon cœur, si peu quiet qu’on dirait que tu crains 
Des fantômes d’anciennes lunes ! 


Émile Nelligan

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2011-05-29T17:40:00+02:00

Les angéliques d'Émile Nelligan

Publié par Stéphanie
Les angéliques 

Des soirs, j’errais en lande hors du hameau natal, 
Perdu parmi l’orgueil serein des grands monts roses, 
Et les Anges, à flots de longs timbres moroses, 
Ébranlaient les bourdons, au vent occidental. 

Comme un berger-poète au cœur sentimental, 
J’aspirais leur prière en l’arôme des roses, 
Pendant qu’aux ors mourants, mes troupeaux de névroses 
Vagabondaient le long des forêts de santal. 

Ainsi, de par la vie où j’erre solitaire, 
J’ai gardé dans mon âme un coin de vieille terre, 
Paysage ébloui des soirs que je revois ; 

Alors que, dans ta lande intime, tu rappelles, 
Mon cœur, ces angélus d’antan, fanés, sans voix : 
Tous ces oiseaux de bronze envolés des chapelles ! 


Émile Nelligan

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2011-05-29T17:39:00+02:00

Ruines ... Émile Nelligan

Publié par Stéphanie
Ruines 

Quelquefois je suis plein de grandes voix anciennes, 
Et je revis un peu l’enfance en la villa ; 
Je me retrouve encore avec ce qui fut là 
Quand le soir nous jetait de l’or par les persiennes. 

Et dans mon âme alors soudain je vois groupées 
Mes sœurs à cheveux blonds jouant près des vieux feux ; 
Autour d’elles le chat rôde, le dos frileux, 
Les regardant vêtir, étonné, leurs poupées. 

Ah ! la sérénité des jours à jamais beaux 
Dont sont morts à jamais les radieux flambeaux, 
Qui ne brilleront plus qu’en flammes chimériques ; 

Puisque tout est défunt, enclos dans le cercueil, 
Puisque, sous les outils des noirs maçons du Deuil, 
S’écroulent nos bonheurs comme des murs de briques ! 


Émile Nelligan

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2011-05-29T17:37:00+02:00

La fuite de l'enfance d'Émile Nelligan

Publié par Stéphanie
 La fuite de l’enfance 

Par les jardins anciens foulant la paix des cistes, 
Nous revenons errer, comme deux spectres tristes, 
Au seuil immaculé de la Villa d’antan. 

Gagnons les bords fanés du Passé. Dans les râles 
De sa joie il expire. Et vois comme pourtant 
Il se dresse sublime en ses robes spectrales. 

Ici sondons nos cœurs pavés de désespoirs. 
Sous les arbres cambrant leurs massifs torses noirs 
Nous avons les Regrets pour mystérieux hôtes. 

Et bien loin, par les soirs révolus et latents, 
Suivons là-bas, devers les idéales côtes, 
La fuite de l’Enfance au vaisseau des Vingt ans. 

Émile Nelligan

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2011-05-25T21:49:00+02:00

Le jardin d'antan d'Émile Nelligan

Publié par Stéphanie
Le jardin d’antan 

Rien n’est plus doux aussi que de s’en revenir 
Comme après de longs ans d’absence, 
Que de s’en revenir 
Par le chemin du souvenir 
Fleuri de lys d’innocence, 
Au jardin de l’Enfance. 

Au jardin clos, scellé, dans le jardin muet 
D’où s’enfuirent les gaîtés franches, 
Notre jardin muet 
Et la danse du menuet 
Qu’autrefois menaient sous branches 
Nos sœurs en robes blanches. 

Aux soirs d’Avril anciens, jetant des cris joyeux 
Entremêlés de ritournelles, 
Avec des lieds joyeux 
Elles passaient, la gloire au yeux, 
Sous le frisson des tonnelles, 
Comme en les villanelles 


Émile Nelligan

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2011-05-25T21:48:00+02:00

Le talisman d'Émile Nelligan

Publié par Stéphanie
 Le talisman 

Pour la lutte qui s’ouvre au seuil des mauvais jours 
Ma mère m’a fait don d’un petit portrait d’elle, 
Un gage auquel je suis resté depuis fidèle 
Et qu’à mou cou suspend un cordon de velours. 

« Sur l’autel de ton cœur (puisque la mort m’appelle) 
Enfant, je veillerai, m’a-t-elle dit, toujours. 
Que ceci chasse au loin les funestes amours, 
Comme un lampion d’or, gardien d’une chapelle. » 

Ah ! sois tranquille en les ténèbres du cercueil ! 
Ce talisman sacré de ma jeunesse en deuil 
Préservera ton fils des bras de la Luxure, 

Tant j’aurais peur de voir un jour, sur ton portrait, 
Couler de tes yeux doux les pleurs d’une blessure, 
Mère ! dont je mourrais, plein d’éternel regret. 


Émile Nelligan

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